Trafic de migrants dans la Manche : millions d’euros, kalachnikovs et hôtels britanniques

Par la rédaction d’Actualites.fr


  1. Un trafic en pleine explosion
  2. Les clans kurdes et la guerre des passeurs
  3. Tarifs, profits et hiérarchie criminelle
  4. Quand la violence devient militaire
  5. Les financements britanniques à la France
  6. Hôtels au Royaume-Uni : l’autre face du système
  7. Allocations et aides précises au Royaume-Uni
  8. Comparaison avec la France
  9. Perspectives : vers un cartel et une crise sociale durable

Un trafic en pleine explosion

Sur les plages de Loon-Plage et Grande-Synthe, au sud de Dunkerque, la Manche est devenue la route privilégiée pour les traversées clandestines vers l’Angleterre. Rien qu’en 2022, plus de 27 000 migrants ont réussi à atteindre le Royaume-Uni, soit une hausse de 70 % en six mois, selon le ministère de l’Intérieur britannique.

Les profits sont astronomiques : en moyenne, un passage se vend entre 2 000 et 4 000 € pour les Syriens, Afghans et Kurdes, jusqu’à 20 000 € pour les Vietnamiens, et environ 1 000 € pour les Soudanais. En six mois, cela représente plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires.


Les clans kurdes et la guerre des passeurs

Historiquement dominé par des réseaux kurdes d’Irak, le trafic s’est professionnalisé. D’abord alliés, ces groupes se sont rapidement déchirés à mesure que l’argent affluait. Deux figures majeures, incarcérées en France mais toujours actives depuis leur prison, contrôlent des équipes lourdement armées.

Un troisième acteur est apparu : un mystérieux passeur surnommé « Asso », basé à Calais. Invisible, sans téléphone, changeant de logement chaque nuit, il veut fédérer les clans kurdes en un cartel unique, imposant un prix fixe de 2 500 € par traversée.


Tarifs, profits et hiérarchie criminelle

La mécanique est rodée : les chefs kurdes contrôlent la logistique et les bateaux. Les Soudanais, souvent utilisés comme « petites mains », reçoivent des places gratuites en échange de services (intimidation, affrontements). Les bateaux pneumatiques, auparavant enterrés dans le sable, sont désormais stockés en Allemagne dans des hangars, puis acheminés par convois rapides type GoFast.

En février 2025, des passeurs kurdes suivis par le RAID près de Dijon ont cru être filés par des concurrents et ouvert le feu. Un policier a été blessé, un passeur tué, trois autres arrêtés. Un épisode qui révèle la militarisation croissante du trafic.


Quand la violence devient militaire

L’été 2025 a marqué un tournant. Le 14 et 15 juin, trois morts et six blessés dans une fusillade à Loon-Plage. Fin juillet, un homme a reçu sept balles dans la tête, 30 coups de feu tirés.

Finies les barres de fer et couteaux : place aux kalachnikovs, grenades, Glock 19. Ces armes sophistiquées témoignent d’un crime organisé quasi-militaire. Selon Le Monde, « ces hommes se battent comme des cartels mexicains, mais à deux heures de Paris ».


Les financements britanniques à la France

Depuis 2015, Londres verse des centaines de millions d’euros à la France pour renforcer la surveillance des côtes. En novembre 2022, une enveloppe de 72,2 millions € a été annoncée pour financer 350 policiers et gendarmes supplémentaires. En mars 2023, Rishi Sunak et Emmanuel Macron ont signé un plan de 541 millions € sur trois ans, incluant vidéosurveillance, clôtures et centre de commandement commun (Reuters).

Pourtant, malgré ces sommes, les traversées explosent. Le littoral est trop vaste pour être contrôlé (plus de 150 km), et les réseaux, mobiles et organisés, s’adaptent plus vite que les forces de l’ordre.


Hôtels au Royaume-Uni : l’autre face du système

Une fois arrivés au Royaume-Uni, les demandeurs d’asile doivent être logés. Le gouvernement britannique a donc massivement recours aux hôtels. En 2023-2024, cela a coûté environ 3 milliards de livres, selon Reuters.

Le coût par nuit est passé de £162 (≈186 €) à £119 (≈137 €). Une aberration budgétaire : 35 % seulement des demandeurs d’asile sont logés en hôtel, mais cela représente 76 % des dépenses totales. Le National Audit Office dénonce un système coûteux et inefficace, profitant largement aux prestataires privés (Mears, Serco, Clearsprings Ready Homes).


Allocations et aides précises au Royaume-Uni

En plus du logement, les demandeurs d’asile reçoivent une aide financière hebdomadaire via une carte prépayée (ASPEN card) :

  • Si l’hébergement est sans repas inclus : £49,18/semaine (≈56,5 €)
  • Si les repas sont fournis : £9,95/semaine (≈11,4 €)
  • Suppléments : grossesse (£5,25/sem ≈6 €), bébé de moins de 1 an (£9,50/sem ≈11 €), enfant 1-3 ans (£5,25/sem ≈6 €), prime maternité unique £300 (≈345 €)

Ils ont aussi droit à :

  • Accès gratuit au NHS (soins médicaux, dentaires, prescriptions)
  • Scolarisation gratuite pour les enfants
  • Services d’interprétation, accompagnement par Migrant Help
  • Électricité, eau, chauffage et entretien fournis par les prestataires sous contrat

Ces aides sont financées par le Home Office et mises en œuvre par des sociétés privées. Les ONG (Refugee Action, Refugee Council) complètent par un accompagnement juridique et social.


Comparaison avec la France

En France, les demandeurs d’asile peuvent bénéficier du Dispositif national d’accueil (CADA, HUDA, PRAHDA) et de l’allocation pour demandeur d’asile (ADA), qui varie selon la composition familiale (entre 7 et 14 €/jour environ). Mais contrairement au Royaume-Uni, ils ne sont pas logés en hôtel systématiquement, sauf en cas d’urgence.

Le paradoxe est frappant : en France, le discours public accuse l’État de « chouchouter » les migrants. Mais de l’autre côté de la Manche, Londres dépense des milliards pour héberger des demandeurs d’asile dans des hôtels, parfois de standing, avec un coût par nuit avoisinant 137 €.

La grande différence : au Royaume-Uni, les demandeurs d’asile n’ont généralement pas le droit de travailler tant que leur demande n’est pas acceptée, ce qui les rend totalement dépendants de l’État. En France, les restrictions existent aussi, mais le cadre associatif est plus développé pour compenser.


Perspectives : vers un cartel et une crise sociale durable

Entre la militarisation des passeurs kurdes en France et le système britannique saturé par l’hébergement en hôtels, le trafic de migrants dans la Manche prend une dimension inédite. Un cartel de la Manche pourrait voir le jour, imposant ses prix et sa loi. De l’autre côté, le Royaume-Uni peine à contenir une crise budgétaire et sociale liée à l’explosion des coûts.

Comme le résume un enquêteur de terrain : « Les millions vont pleuvoir, et les balles avec ».


Sources


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