Chute de l’OTAN, Groenland américain : le monde bascule-t-il dans une nouvelle ère de conflits ?

Depuis quelques semaines, une série d’événements brutaux secoue l’ordre international. Arrestation spectaculaire de Nicolás Maduro par les forces américaines, menaces ouvertes sur le Groenland, saisies de pétroliers russes en eaux internationales, attaques répétées contre l’OTAN. Pris isolément, ces faits peuvent sembler chaotiques. Mis bout à bout, ils dessinent une rupture stratégique majeure, peut-être la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Une question s’impose désormais avec insistance dans les chancelleries européennes et asiatiques : si l’OTAN s’effondre ou devient inopérante, qui empêchera la Russie d’imposer sa loi en Europe de l’Est, et la Chine de régler définitivement la question taïwanaise ?


Une doctrine américaine qui rompt avec l’ordre de 1945

Le cœur de cette recomposition se trouve à Washington. La stratégie de sécurité nationale publiée début décembre marque un tournant explicite : les États-Unis ne se considèrent plus comme les garants altruistes de l’ordre mondial. Le document affirme que l’hémisphère occidental relève désormais d’une sphère d’influence américaine exclusive, et que les alliances héritées de l’après-guerre doivent être réévaluées à l’aune de leur rentabilité stratégique.

Cette approche met fin au multilatéralisme tel qu’il a fonctionné pendant près de huit décennies. Les alliances ne sont plus des engagements moraux ou historiques, mais des contrats conditionnels. Les États qui ne contribuent pas suffisamment à leur propre défense, ou dont la stabilité politique et démographique est jugée incertaine, sont désormais considérés comme des partenaires à risque.

Selon le texte, « il n’est pas évident que certaines économies européennes disposent encore, à moyen terme, des capacités militaires et industrielles nécessaires pour demeurer des alliés fiables ». Une phrase lourde de sens, qui rompt avec des décennies de solidarité atlantique.


L’OTAN fragilisée : le verrou central du statu quo mondial

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord n’est pas seulement une alliance militaire. Elle est le pilier invisible sur lequel repose l’équilibre géopolitique mondial depuis 1949. Tant que l’Article 5 — la clause de défense collective — est crédible, toute agression majeure contre un État membre devient un pari extrêmement risqué.

Or cette crédibilité est aujourd’hui ouvertement remise en cause. Les critiques répétées sur le niveau des dépenses militaires européennes, l’exigence d’un seuil de 5 % du PIB consacré à la défense, et surtout l’absence de consultations lors d’opérations majeures comme l’arrestation de Nicolás Maduro, créent un précédent dangereux : celui d’une alliance où la décision stratégique est unilatérale.

Comme l’a reconnu le Council on Foreign Relations dans une analyse publiée le 6 janvier 2026, « une OTAN dont les membres doutent de l’engagement américain cesse d’être une dissuasion et devient un forum politique sans effet militaire réel » (https://www.cfr.org).


Ukraine : une défaite stratégique presque inévitable sans OTAN crédible

Contrairement à une idée répandue, l’Ukraine n’a jamais été protégée par l’OTAN. Mais sa capacité à résister à la Russie repose presque entièrement sur l’aide occidentale coordonnée : livraisons d’armes, renseignement, soutien financier, sanctions économiques.

Si l’OTAN se fragilise ou se paralyse, cette coordination disparaît. Les États européens agissent alors en ordre dispersé, sous contrainte budgétaire et politique. Les États-Unis, eux, conditionnent leur aide à des contreparties économiques ou stratégiques.

Dans ce scénario, la Russie n’a pas besoin de conquérir militairement toute l’Ukraine. Une guerre d’attrition prolongée suffit à épuiser Kiev. Comme l’expliquait récemment l’Institute for the Study of War, « la capacité de l’Ukraine à maintenir l’effort de guerre est directement corrélée à la constance du soutien occidental » (https://www.understandingwar.org).

Sans OTAN crédible, l’issue devient une question de temps : gel du conflit favorable à Moscou, partition de facto ou régime ukrainien sous influence russe.


Pays baltes : la ligne rouge la plus dangereuse

L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie incarnent le test ultime de la dissuasion occidentale. Leur profondeur stratégique est minimale, leurs forces armées limitées, et leur sécurité repose presque entièrement sur la certitude qu’une attaque déclencherait une riposte collective immédiate.

Si cette certitude disparaît, le calcul russe change radicalement. Il ne s’agit pas nécessairement d’une invasion massive. Les scénarios étudiés par l’European Council on Foreign Relations évoquent plutôt une montée progressive : cyberattaques, sabotages d’infrastructures, incidents frontaliers, exploitation des minorités russophones, puis intervention « limitée » sous prétexte de protection des populations (https://ecfr.eu).

Dans un contexte d’OTAN affaiblie, la question n’est plus de savoir si la Russie peut agir, mais si quelqu’un osera l’en empêcher.


Taïwan : le vrai signal envoyé à Pékin

Taïwan n’est pas couverte par l’OTAN. Sa sécurité repose sur un équilibre plus fragile : la dissuasion américaine, l’ambiguïté stratégique, et le coût économique colossal qu’impliquerait une invasion chinoise.

Mais cet équilibre dépend d’un facteur central : la crédibilité globale des États-Unis. Si Washington démontre qu’il peut rompre des engagements historiques, redéfinir unilatéralement des alliances et utiliser la force contre des partenaires occidentaux, alors le message envoyé à Pékin est clair : les règles ne sont plus stables.

Le Center for Strategic and International Studies souligne que « la perception d’un désengagement américain en Europe réduit mécaniquement la dissuasion américaine en Indo-Pacifique » (https://www.csis.org).

Une attaque immédiate contre Taïwan reste improbable. En revanche, un blocus naval, une pression économique accrue ou une opération hybride deviennent des options de plus en plus crédibles à moyen terme.


Un monde post-alliances, post-règles

Ce qui se joue dépasse largement l’Ukraine, le Groenland ou Taïwan. C’est l’architecture même de la sécurité mondiale qui est remise en question. Le droit international, déjà fragilisé, cède le pas au rapport de force assumé. Les alliances idéologiques sont remplacées par des relations transactionnelles, conditionnées à des intérêts économiques et stratégiques immédiats.

Dans ce nouveau monde, les puissances moyennes se réarment, les États neutres réévaluent leurs dépendances, et les zones grises deviennent des champs de confrontation permanents. Comme le résume une note récente de la RAND Corporation, « l’érosion des alliances multiplie les conflits locaux tout en réduisant les mécanismes de désescalade » (https://www.rand.org).


Un basculement historique, pas un accident

La tentation serait de voir dans ces événements une succession de provocations isolées, ou une stratégie de négociation agressive. Mais l’ampleur des conséquences potentielles impose une lecture plus lucide : nous assistons peut-être à la fin de l’ordre sécuritaire hérité de 1945.

Si l’OTAN cesse d’être crédible, alors l’Ukraine devient une variable d’ajustement, les pays baltes une ligne de fracture, et Taïwan une échéance stratégique. Ce n’est pas l’annonce d’une guerre mondiale immédiate, mais celle d’un monde plus instable, plus fragmenté, où la force prime à nouveau sur les règles.

Le véritable danger n’est pas tant l’action militaire que le vide stratégique qu’elle révèle. Et dans ce vide, les puissances révisionnistes avancent rarement à reculons.

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