Jeffrey Epstein a été étranglé et non pendu, affirme le médecin présent à l’autopsie.



La nouvelle information : Baden parle d’« étranglement »

Près de sept ans après la mort de Jeffrey Epstein au Metropolitan Correctional Center (MCC) de Manhattan, un élément relance l’attention médiatique : le pathologiste Michael Baden, présent lors de l’autopsie en tant qu’observateur mandaté par la famille, affirme de nouveau que le décès serait « très probablement » lié à une pression de strangulation plutôt qu’à une pendaison. Dans un entretien publié le 13 février 2026, il demande explicitement une réévaluation de la cause et de la manière du décès, estimant que « toutes les informations désormais disponibles » justifieraient une nouvelle investigation. Cette prise de position n’est pas nouvelle dans l’histoire du dossier, mais sa réactivation intervient dans un contexte inédit : la publication récente d’un volume massif de documents par le Département de la Justice américain. Pour éviter deux pièges – la crédulité automatique et le réflexe inverse consistant à balayer toute contestation – il faut distinguer trois niveaux : ce qui est officiel, ce qui est contesté sur des bases médico-légales, et ce qui relève d’inférences spéculatives. L’enjeu, ici, n’est pas de « choisir un camp », mais d’expliquer pourquoi un expert réputé maintient une hypothèse de strangulation malgré une conclusion institutionnelle de suicide. Pour référence, les déclarations de Baden ont été rapportées par The Telegraph et reprises dans plusieurs médias, dont LBC.


Le cadre officiel : suicide par pendaison

La position officielle demeure stable depuis août 2019 : le bureau du médecin légiste en chef de New York a conclu à un suicide par pendaison, et les autorités fédérales ont indiqué ne pas disposer d’éléments établissant un homicide. Cette conclusion s’inscrit dans une chronologie connue : Epstein, 66 ans, était détenu au MCC depuis juillet 2019, en attente de procès pour des faits liés au trafic sexuel. Le 10 août 2019, il est retrouvé inanimé et déclaré mort à l’hôpital. Le débat public, dès l’origine, s’est nourri d’un fait social massif : la mort en détention d’un détenu aussi « sensible » génère mécaniquement un soupçon structurel, indépendamment des faits médico-légaux. Un point important, souvent sous-estimé, est que la conclusion institutionnelle n’est pas seulement un verdict « médiatique » : elle engage des procédures, des standards médico-légaux et une responsabilité administrative. Contester cette conclusion exige donc plus qu’une intuition. C’est exactement ce que tente Baden : il ne dit pas « je crois », il dit « sur les lésions observées, mon opinion médico-légale est… ». L’argument se joue sur des détails anatomiques et sur la cohérence entre scène, lésions et chaîne de conservation des preuves.


Autopsie : fractures du cou, hyoïde, cartilage thyroïdien

Au centre de la contestation se trouvent des fractures du cou rapportées dans les discussions autour de l’autopsie : une fracture de l’os hyoïde et des fractures du cartilage thyroïdien. Baden soutient que l’association et la multiplicité de ces fractures rendent la strangulation plus plausible que la pendaison. En face, le bureau du médecin légiste de New York a rappelé que des fractures de l’hyoïde et des cartilages laryngés peuvent survenir dans les pendaisons, notamment chez des sujets plus âgés où la calcification rend ces structures plus fragiles. Ce désaccord n’oppose pas « science » et « anti-science » : il oppose deux interprétations, avec des poids accordés différemment à des caractéristiques anatomiques. Pour replacer ce conflit dans l’histoire du dossier, l’épisode de 2019 est crucial : lorsque Baden a rendu publique sa position, la médecin légiste en chef avait répondu qu’elle « maintenait fermement » sa conclusion de suicide. Cette réponse officielle est documentée dans la presse américaine, notamment par PBS NewsHour. Ce qui change en 2026, c’est le contexte documentaire : le DOJ publie une masse de fichiers qui, même sans prouver un homicide, alimente la perception d’incohérences procédurales.


Pendaison vs strangulation : ce que dit la médecine légale

Dans l’imaginaire collectif, une fracture de l’os hyoïde est souvent présentée comme un « marqueur » de strangulation. Dans la réalité médico-légale, la relation est plus nuancée. Des fractures de l’hyoïde et des cartilages laryngés existent dans des pendaisons, avec une fréquence qui augmente avec l’âge, l’état des tissus et le type de suspension. La pendaison partielle, en particulier, n’implique pas toujours une dynamique identique à une suspension complète ; elle peut produire des patterns lésionnels variés, surtout si la ligature, la hauteur, la posture et le point d’ancrage diffèrent. Cela ne disqualifie pas la position de Baden : cela explique pourquoi son argument doit être traité comme un faisceau d’indices, pas comme une preuve unique. Les médecins légistes confrontent généralement les fractures à d’autres paramètres : distribution des ecchymoses, orientation des marques de ligature, lésions des tissus mous, signes de lutte, contexte de scène et cohérence temporelle. En l’absence d’accès complet à l’intégralité des pièces (photos, notes originales, chaîne de conservation), l’analyse publique est structurellement incomplète, ce qui contribue à l’instabilité du débat. Pour une synthèse accessible des éléments de l’autopsie discutés dans les médias, CBS News et 60 Minutes avaient déjà traité la question en 2020, en montrant pourquoi certains experts estiment que les fractures ne permettent pas, à elles seules, de trancher définitivement.


Défaillances pénitentiaires : rondes manquées, caméras défectueuses

Même si l’on met de côté la controverse purement médico-légale, un second bloc de faits nourrit durablement le soupçon : les défaillances du dispositif de surveillance au MCC. Le rapport du DOJ Inspector General publié en 2023 décrit des manquements graves, dont l’absence de rondes obligatoires et des problèmes de caméras, dans l’un des dossiers pénitentiaires les plus sensibles du pays. Ce rapport, consultable en PDF, détaille les conclusions de l’enquête conjointe avec le FBI, ainsi que des recommandations structurelles à destination du Bureau of Prisons. Le simple fait que ces manquements aient existé ne prouve pas un homicide ; en revanche, ils réduisent la capacité institutionnelle à produire une chronologie irréfutable, et donc à fermer le dossier dans l’opinion. La lecture du rapport permet aussi de comprendre pourquoi des éléments « secondaires » prennent une place disproportionnée dans le débat public : lorsque le dispositif de preuve est incomplet, chaque zone non couverte devient un espace de projection. C’est précisément ce mécanisme qui transforme une affaire pénale en affaire politique globale. Le rapport officiel du DOJ OIG est disponible ici : U.S. Department of Justice Office of the Inspector General.


Les nouveaux documents du DOJ : ce qu’ils ajoutent, ce qu’ils ne prouvent pas

Le 30 janvier 2026, le DOJ a annoncé la publication de près de 3,5 millions de pages « responsive » dans le cadre de l’Epstein Files Transparency Act, incluant plus de 2 000 vidéos et 180 000 images, selon un communiqué officiel. Cette masse documentaire n’est pas, en soi, une preuve d’un scénario alternatif ; elle est plutôt une expansion du champ des pièces accessibles, qui peut révéler des contradictions internes, des erreurs administratives, des ambiguïtés de logs, ou des éléments qui n’avaient pas été mis en avant publiquement. Autrement dit, elle augmente le volume de matière première, mais ne change pas automatiquement la conclusion juridique. Le communiqué du DOJ, qui fixe le cadre de cette publication, est consultable ici : Department of Justice, Office of Public Affairs. Plusieurs médias internationaux ont également contextualisé cette diffusion, dont Le Monde. Dans l’espace public, le risque est double : certains lecteurs prennent la publication comme une preuve d’un meurtre, d’autres comme un « non-événement ». La lecture rationnelle est plus exigeante : elle consiste à identifier ce que ces fichiers montrent réellement, ce qu’ils contredisent éventuellement, et ce qu’ils laissent encore en zone grise, notamment quand il manque des minutes, des angles, des métadonnées ou des chaînes de conservation parfaitement continues.


Vidéos, « flash orange » et querelles institutionnelles

Parmi les points les plus commentés figure l’apparition d’une forme ou d’un « flash » orange sur des images de surveillance, interprété différemment selon les sources internes : certains y voient un agent, d’autres un détenu, d’autres un transport de linge ou de literie. La portée de cet élément dépend entièrement de sa contextualisation : heure exacte, angle de caméra, conditions de verrouillage, logs d’accès, continuité de la séquence, et surtout, capacité à identifier une personne ou un objet de manière fiable. Dans une affaire où l’on sait que des caméras ont eu des dysfonctionnements, chaque ambiguïté visuelle devient un amplificateur de doute. Des médias américains ont rapporté que ces nouveaux documents relancent les questions sur l’activité sur le “tier” d’Epstein la nuit de sa mort, notamment CBS News. D’autres épisodes récents, comme la question d’un segment de vidéo manquant évoqué en 2025, montrent à quel point le débat public est hypersensible à la moindre discontinuité technique, ce que The Guardian a documenté. Dans le même temps, des déclarations politiques passées affirmant qu’« personne n’est entré » dans la zone la nuit du décès ont été reprises et contestées au fil des années. La friction entre communication politique, rapports d’inspection et ambiguïtés de vidéos alimente l’impression d’un récit instable, même lorsque les institutions maintiennent officiellement une conclusion unique.


Pourquoi le doute persiste : mécanique d’une défiance

Si l’on cherche une explication froide, presque sociologique, à la persistance du doute, elle tient à une combinaison rare : un détenu au cœur d’un réseau criminel impliquant des personnalités, une mort en détention dans un établissement présenté comme hautement sécurisé, et une série de défaillances matérielles et humaines reconnues. Dans un tel contexte, une contestation médico-légale portée par un expert connu agit comme une étincelle permanente : elle ne “prouve” pas, mais elle empêche le dossier de se refermer dans l’opinion. Le fait que Baden ait été présent à l’autopsie, même comme observateur, renforce la performativité de sa parole, et oblige à traiter son hypothèse avec sérieux, sans pour autant la transformer en verdict. Le débat se durcit encore quand le public découvre, par vagues successives, des documents supplémentaires, des vidéos, des logs ou des mémos. La publication massive de janvier 2026 s’inscrit dans ce schéma : chaque nouveau corpus est perçu comme une promesse de « vérité finale », alors que, dans les faits, ces corpora révèlent souvent surtout des dysfonctionnements bureaucratiques, des divergences d’interprétation et des compromis institutionnels. Un exemple récent de la tension politique autour de ces publications est visible dans la couverture d’Associated Press et de Time sur les controverses liées à l’accès et au suivi des recherches dans les “Epstein files”.


Ce qui est établi aujourd’hui

À date, trois points doivent être tenus ensemble, sans tricher. Premièrement, la conclusion officielle du médecin légiste de New York est le suicide par pendaison, et le DOJ ainsi que le FBI n’ont pas annoncé de requalification en homicide. Deuxièmement, Michael Baden, pathologiste présent à l’autopsie en tant qu’observateur, affirme que les lésions seraient plus compatibles avec une strangulation, et il appelle à une réouverture de l’investigation ; cette position est rapportée notamment par The Telegraph et reprise par LBC. Troisièmement, les défaillances pénitentiaires documentées par l’Inspector General – rondes manquées, caméras défaillantes, registres falsifiés – ont créé un contexte où la certitude publique est structurellement difficile à stabiliser, même lorsque l’État maintient une conclusion. La seule façon sérieuse de traiter ce dossier, en 2026, est donc de distinguer “cause officielle”, “contestation expertale” et “matière documentaire nouvelle”. Le reste n’est qu’un combat de narrations. Or, un article de référence doit précisément refuser ce confort, et travailler la friction : là où l’État dit “suicide”, un expert dit “étranglement”, et les documents publiés ajoutent des questions sans ajouter de verdict.


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