Les archives de la CIA révèlent le plan de la junte argentine contre des citoyens occidentaux

Une découverte explosive : selon de nouveaux documents déclassifiés de la CIA, le régime militaire argentin avait élaboré en avril 1982 un projet macabre visant à « faire disparaître » des centaines de ressortissants britanniques et américains sur son sol, au moment même où s’ouvrait la guerre des Malouines. Cette révélation, publiée par l’historien Ricky D. Phillips, soulève une question vertigineuse : qu’en aurait-il été des citoyens français d’Argentine, également exposés à la terreur d’État ?



Un plan secret digne de la « Nuit de cristal »

Les documents de la CIA datés du 12 avril 1982 — soit dix jours après l’invasion des îles Malouines par l’Argentine — révèlent une stratégie glaçante. Le général Leopoldo Galtieri, chef de la junte, avait mobilisé le 601e bataillon de renseignement militaire pour organiser la disparition de plus de 500 ressortissants britanniques et d’une centaine de membres du personnel diplomatique américain. Le projet prévoyait d’attribuer ces enlèvements à l’organisation armée Montoneros, afin de masquer l’implication directe de l’armée.

L’historien Ricky D. Phillips, auteur de plusieurs ouvrages sur la guerre des Malouines, n’hésite pas à comparer ce plan à la Nuit de cristal de 1938, quand l’Allemagne nazie avait orchestré une vaste campagne d’arrestations et de déportations. Selon lui : « Ce document prouve que le régime argentin envisageait de frapper des centaines de vies civiles en une nuit, dans une logique de terreur d’État totale. »

Leopoldo Galtieri

La réaction américaine et le silence français

On comprend mieux, à la lumière de ces révélations, pourquoi le secrétaire d’État américain Alexander Haig avait choisi de temporiser avant d’apporter son soutien total à Margaret Thatcher. Washington savait que ses propres diplomates figuraient sur la liste noire de la junte et cherchait à gagner du temps pour permettre à ses ressortissants, ainsi qu’aux Britanniques, de quitter l’Argentine.

Mais du côté français ? À l’époque, la diplomatie de François Mitterrand se concentrait sur le soutien militaire à Londres — notamment via la fourniture d’informations sur les missiles Exocet livrés à l’Argentine. Aucune archive n’atteste que Paris se soit inquiété publiquement du sort de ses ressortissants installés en Argentine ou au Chili voisin, pourtant nombreux dans les années 1980. Cette absence de prise de parole reste un angle mort de la mémoire collective française.


Et les Français dans tout cela ?

En 1982, près de 20 000 Français vivaient en Argentine, concentrés autour de Buenos Aires, Rosario et Mendoza. La communauté diplomatique, éducative et commerciale française y était l’une des plus anciennes d’Amérique latine. En cas d’application de ce plan, combien auraient pu être pris dans la tourmente ? Les archives n’évoquent pas directement les Français, mais il est difficile d’imaginer qu’une telle opération ait pu s’arrêter aux seuls Anglo-Saxons.

L’hypothèse d’une extension aux communautés étrangères — françaises, italiennes, allemandes — n’est pas fantaisiste. L’Argentine sortait alors à peine de la période la plus sombre de sa dictature (1976-1983), marquée par les « disparus » : plus de 30 000 personnes enlevées, torturées et assassinées.


Mémoire, archives et diplomatie oubliée

Quarante ans plus tard, ces révélations invitent la France à rouvrir ses propres archives diplomatiques sur l’Amérique latine. Quelles consignes furent données aux ambassades françaises à Buenos Aires et Santiago ? Quelles protections furent réellement offertes aux citoyens français ? L’affaire est d’autant plus sensible que plusieurs associations de descendants de « disparus » argentins réclament aujourd’hui à Paris une reconnaissance du rôle ambigu joué par certaines entreprises françaises sur place.

Ce scandale potentiel montre combien l’histoire des Malouines dépasse le simple duel Londres-Buenos Aires. C’est un drame global de la Guerre froide, où les citoyens européens — et notamment français — se sont retrouvés otages des logiques de puissance. Les révélations de la CIA ne referment pas ce chapitre : elles l’ouvrent au contraire sur un champ mémoriel et diplomatique encore inexploré.


Sources


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