Lindsey Graham ouvre la porte à un échange territorial entre la Russie et l’Ukraine

WASHINGTON — Le sénateur américain Lindsey Graham (Républicain, Caroline du Sud) a affirmé dimanche, lors de l’émission « Meet the Press » de NBC News, que la Russie et l’Ukraine devraient « probablement échanger des territoires » dans le cadre d’un futur accord de cessez-le-feu. Une déclaration qui reflète, de manière assumée, la position exprimée récemment par l’ancien président Donald Trump.


Une proposition en rupture avec la ligne dure de Kiev

Pour Graham, « l’Ukraine ne va pas expulser tous les Russes, et la Russie n’ira pas à Kiev », ce qui mènerait inévitablement à un compromis territorial. Cette approche se heurte frontalement à la position officielle du président Volodymyr Zelensky, qui a déclaré samedi que son pays « ne céderait pas ses terres aux occupants ». Le chef d’État ukrainien a réagi aux propos de Trump, lequel juge qu’un échange territorial pourrait « bénéficier aux deux parties ».


Garanties de sécurité avant tout

Graham a insisté sur la nécessité d’obtenir des garanties de sécurité solides pour Kiev avant toute cession : « Vous devez dire à Poutine ce qui se passera s’il recommence », en référence à l’annexion de la Crimée en 2014 et à l’invasion de 2022. Selon lui, seule une dissuasion crédible, incluant le déploiement de forces européennes et un renforcement de l’intégration économique de l’Ukraine à l’Ouest, peut empêcher une « troisième fois ».


Vers un sommet Trump-Poutine… en Alaska

Le sommet prévu vendredi en Alaska entre Trump et le président russe Vladimir Poutine pourrait marquer une étape clé. Graham s’est dit « très d’accord » avec cette rencontre, ajoutant qu’il espérait la participation de Zelensky. L’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Matthew Whitaker, a laissé entendre sur State of the Union (CNN) qu’une telle présence était « possible ».

De son côté, Oksana Markarova, ambassadrice d’Ukraine à Washington, a affirmé sur CBS que Zelensky « se rendra là où il le faut » pour défendre la paix. Elle a en revanche rejeté la création de « zones tampons », jugée « dépassée ».


Un revirement politique pour Graham

Cette position tranche avec ses déclarations de 2023, où il affirmait qu’« on ne met pas fin à une guerre en cédant des territoires à l’agresseur » et avertissait que Poutine, non contenu, « poursuivrait son chemin » jusqu’à menacer l’OTAN. Son évolution reflète un pragmatisme croissant dans une partie du camp républicain, prêt à envisager un compromis si celui-ci garantit une paix durable.


Les parallèles historiques et le rôle de l’OTAN

Graham a rappelé la division de Berlin après 1945, suivie de sa réunification, comme preuve qu’une coexistence territoriale provisoire peut mener à une résolution. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a souligné que « l’Ukraine seule décide de son avenir » et que tout accord devra inclure des garanties militaires, notamment le maintien d’une présence renforcée de l’Alliance sur le flanc Est (Lettonie, Estonie, Finlande).


Des critiques sur le lieu du sommet

John Bolton, ex-conseiller à la sécurité nationale, juge inapproprié que la rencontre ait lieu sur le sol américain, estimant que cela « légitime un dirigeant paria ». Selon lui, Poutine y voit une opportunité stratégique pour poser ses conditions avant ses adversaires.


Un accord qui ne satisfera personne ?

Le vice-président JD Vance anticipe un compromis insatisfaisant pour les deux parties : « Les Russes et les Ukrainiens seront probablement mécontents. » Mais il estime que seul un leader « déterminé » peut forcer les protagonistes à s’asseoir et « régler leurs différends ».


Enjeux géopolitiques

Cette ouverture à un échange territorial intervient dans un contexte où la guerre a déjà redessiné les équilibres militaires et économiques en Europe. Pour Kiev, céder du terrain signifierait accepter la perte définitive de certaines régions. Pour Moscou, obtenir un accord formalisé serait une victoire stratégique et diplomatique. L’issue des discussions en Alaska pourrait donc influencer non seulement le futur de l’Ukraine, mais aussi l’architecture de sécurité européenne pour les décennies à venir.



Contexte et conséquences possibles

La proposition d’un échange territorial entre la Russie et l’Ukraine s’inscrit dans un cadre diplomatique complexe où chaque concession est perçue comme une victoire ou une trahison, selon le camp concerné. Historiquement, les accords de ce type ont souvent figé des lignes de fracture pendant des décennies, comme en témoignent la division de la Corée, l’annexion du Golan par Israël ou encore la partition de Chypre. Toutefois, ces précédents montrent aussi que les conflits “gelés” peuvent reprendre si l’équilibre stratégique se modifie.

Pour l’Ukraine, accepter une telle solution signifierait entériner la perte de territoires reconnus par la communauté internationale, avec le risque de démoraliser sa population et ses forces armées. Côté russe, obtenir une reconnaissance officielle des gains territoriaux permettrait au Kremlin de présenter la guerre comme un succès politique, renforçant le pouvoir de Vladimir Poutine sur la scène intérieure et dans le monde multipolaire en émergence.

Sur le plan géopolitique, un tel accord pourrait redéfinir le rôle de l’OTAN en Europe de l’Est et tester la crédibilité des garanties de sécurité occidentales. Les États baltes, la Pologne et la Finlande verraient d’un œil inquiet toute concession à Moscou, craignant que cela n’encourage de nouvelles ambitions territoriales. Les marchés énergétiques et agricoles, déjà fragilisés par le conflit, pourraient aussi être durablement affectés par une reconfiguration des frontières et des flux logistiques.

Enfin, ce compromis, s’il voit le jour, poserait une question fondamentale : ouvre-t-il la voie à une paix durable, ou ne constitue-t-il qu’un répit avant une reprise des hostilités à plus grande échelle ? Dans un contexte où la dissuasion militaire et la diplomatie de sommet se mêlent à la guerre de l’information, la réponse dépendra autant des accords signés que de la perception qu’en auront les peuples et les dirigeants concernés.

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