Forces spéciales françaises : un pétrolier russe arraisonné, soupçonné d’opérations de drones

des soldats français à bord du pétrolier
des soldats français à bord du pétrolier
  1. L’opération française au large de Saint-Nazaire
  2. Le pétrolier Boracay : profil d’un navire clandestin
  3. Les incursions de drones au Danemark
  4. Les réactions politiques : Paris, Copenhague et Moscou
  5. Une guerre hybride : énergie et espace aérien européens
  6. Débats européens : sécurité collective et financement de l’Ukraine
  7. Analyse stratégique : la France en première ligne

1) L’opération française au large de Saint-Nazaire

Le 1er octobre 2025, des commandos de la Marine nationale ont pris pied à bord du pétrolier Boracay, mouillé à proximité immédiate de Saint-Nazaire. L’opération a été menée après plusieurs jours de filature par une frégate française, qui avait suivi le navire depuis son passage au large de la pointe bretonne.

Selon une source de l’exécutif citée par l’AFP, le bâtiment est soupçonné d’avoir violé le droit maritime et de s’être livré à des activités « graves et irrégulières ». Le président de la République, Emmanuel Macron, a confirmé l’arraisonnement en précisant que le navire faisait l’objet de « manquements sérieux », sans confirmer à ce stade un lien direct avec les incursions de drones observées au Danemark fin septembre.

Le pétrolier Boracay de la flotte fantôme russe, soupçonné d’être impliqué dans des vols de drones au-dessus du Danemark qui ont navigué au large des côtes danoises entre le 22 et le 25 septembre.

Construit en 2007 et ayant changé plusieurs fois de nom — Kiwala puis Pushpa avant de devenir Boracay fin 2024 —, le navire est identifié par l’Union européenne comme faisant partie de la flotte clandestine russe. Cette flotte parallèle est constituée de pétroliers âgés, enregistrés sous des pavillons de complaisance, disposant d’assurances opaques et dont l’objectif principal est de contourner les sanctions pétrolières imposées à Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine.

Le Boracay avait quitté le port russe de Primorsk le 20 septembre, transitant par la Baltique, le détroit du Skagerrak, puis la mer du Nord avant de remonter la Manche et de mettre cap à l’est vers la façade atlantique française. Le Royaume-Uni l’avait sanctionné dès octobre 2024, suivi par l’Union européenne en février 2025, pour participation à des transferts de brut destinés à financer l’effort de guerre du Kremlin.


3) Les incursions de drones au Danemark

Entre le 22 et le 25 septembre 2025, plusieurs aéroports danois ont dû interrompre leurs activités en raison de survols de drones non identifiés. Aalborg, Esbjerg, Sonderborg ainsi que la base militaire de Skrydstrup ont tous signalé des appareils dans leur espace aérien, provoquant l’arrêt du trafic civil pendant près de quatre heures dans certains cas.

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a dénoncé une « stratégie de guerre hybride » et affirmé que son pays se trouvait dans la situation sécuritaire « la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale ». Si Copenhague n’a pas officiellement attribué ces incursions à la Russie, de nombreux experts européens considèrent que l’épisode s’inscrit dans un schéma d’intimidation orchestrée par Moscou.


4) Les réactions politiques : Paris, Copenhague et Moscou

En déplacement à Copenhague, Emmanuel Macron a déclaré : « Les survols constatés au Danemark démontrent notre besoin de systèmes d’alerte et d’une coopération renforcée. L’Europe doit rester unie face à ces menaces. »

De son côté, Mette Frederiksen a estimé que la Russie cherchait à « tester les défenses européennes et semer le doute ». À Bruxelles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a remis en avant son projet de « mur anti-drones », consistant en un réseau de capteurs et d’armes de neutralisation couvrant l’ensemble du flanc est de l’Union.

Le Kremlin, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, a rejeté les accusations tout en rappelant que la Russie « se réserve le droit de rétablir l’ordre en cas d’actions provocatrices de pays étrangers ».


5) Une guerre hybride : énergie et espace aérien européens

L’affaire du Boracay illustre une double offensive : d’un côté, une stratégie énergétique visant à contourner les sanctions et maintenir les exportations de brut ; de l’autre, une stratégie militaire indirecte consistant à perturber l’espace aérien et à tester la résilience des pays européens.

Cette combinaison est qualifiée par les spécialistes de guerre hybride, un mélange de pressions économiques, de manœuvres militaires discrètes et d’actions de désinformation. Pour l’ancien amiral français Jean-Louis Lozier, interrogé par Le Monde, « ces navires constituent des plateformes mobiles qui peuvent servir à d’autres missions que le transport de pétrole ».


6) Débats européens : sécurité collective et financement de l’Ukraine

Réunis à Copenhague, les vingt-sept dirigeants européens ont également discuté d’un projet visant à utiliser les avoirs russes gelés pour financer un prêt massif destiné à l’Ukraine. Si plusieurs États, dont la Finlande, y sont favorables, d’autres redoutent une escalade et dénoncent un risque de représailles financières du Kremlin.

Le Premier ministre finlandais, Petteri Orpo, a rappelé : « La Russie va continuer. Nous devons être prêts et renforcer notre préparation. » Une position qui reflète le durcissement progressif de la ligne européenne face aux tactiques russes.


7) Analyse stratégique : la France en première ligne

Avec l’arraisonnement du Boracay, la France assume un rôle de sentinelle maritime de l’Europe occidentale. Cet acte, bien plus qu’un simple contrôle administratif, envoie un signal clair : Paris entend protéger son espace côtier mais aussi participer à la réponse collective face à la guerre hybride russe.

Ce type d’intervention rappelle que la Manche, le golfe de Gascogne et la mer du Nord ne sont pas seulement des routes commerciales mais aussi des zones de confrontation stratégique, où s’entrecroisent flux énergétiques, enjeux militaires et sécurité aérienne.


Sources et documents

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