Des essaims, des câbles et des esprits : comment la France deviendrait la cible d’attaques « multi-couches »

Couplage cyber + drones + influence : la triple lame
  1. Pourquoi la France est désormais un « pays cible »
  2. Leçons étrangères et angles morts français
  3. Scénarios réalistes d’attaque d’un État puissant (Russie) contre la France
  4. Scénarios insolites mais plausibles (low-tech, maritimes, juridiques)
  5. Couplage cyber + drones + influence : la triple lame
  6. Faux drapeaux et proxies : l’ambiguïté comme arme
  7. Qui d’autre oserait viser la France ? Capacités, intentions… et pièges
  8. Plan d’action 180 jours : réduire le risque sans ruiner l’économie
  9. Ce que cela implique pour les États-Unis… et pour l’OTAN
  10. Annexe — Sites & Risques (France, horizon 12 mois)

1) Pourquoi la France est désormais un « pays cible »

La géographie ne protège plus comme avant : les drones aériens et maritimes à bas coût, prépositionnés ou pilotés à distance, ont prouvé en Ukraine, en Russie et en Iran qu’ils peuvent frapper au cœur d’un territoire réputé sûr. La France cumule trois caractéristiques qui en font une cible de choix : (1) des infrastructures critiques denses (réacteurs nucléaires, hubs gaziers, ports majeurs, bases aériennes et navales), (2) des points d’étranglement numériques (la façade méditerranéenne, notamment Marseille, s’impose comme hub européen des câbles sous-marins reliant l’Europe à l’Afrique et à l’Asie), (3) une surface informationnelle très exposée (société connectée, médias mondialisés, réseaux sociaux polarisés). Sur le volet anti-drones, la France a accéléré pour Paris 2024 avec des systèmes combinés (ex. programme PARADE et solutions complémentaires), mais des limites et besoins de panachage capteurs ont été mis en évidence lors des tests et pré-déploiements. L’enjeu n’est donc pas uniquement technologique : c’est un défi opérationnel, juridique et cognitif qui exige une approche intégrée.

Faux drapeaux et proxies : l’ambiguïté comme arme

2) Leçons étrangères et angles morts français

Les opérations spectaculaires observées à l’étranger montrent que le succès ne tient jamais au drone seul, mais à une logistique clandestine (prépositionnement, caches, pièces détachées), à des renseignements précis (repérage des cibles, horaires, routines) et à un pilotage politico-opérationnel sur des mois. Côté France, les survols de sites sensibles par des drones, y compris près d’installations nucléaires ou de bases, sont documentés depuis des années ; ils rappellent la difficulté persistante de défendre la très basse altitude. Le véritable angle mort réside toutefois dans la convergence hybride : sabotages physiques (coupures coordonnées de fibres optiques), bruit informationnel (campagnes d’influence étrangères) et cyberattaques (ransomware ou wipers), chacun gérable isolément mais déstabilisant lorsqu’ils sont synchronisés. En d’autres termes, la question n’est pas « si » ces couches seront combinées, mais « quand » et « où », avec quels objectifs d’attrition et de confusion.

3) Scénarios réalistes d’attaque d’un État puissant (Russie) contre la France

Hypothèse : campagne multi-couches sur 48–72 heures visant à ralentir l’appareil militaire, perturber l’économie régionale et désarçonner la prise de décision nationale par saturation des circuits d’alerte.

3.1 – Vecteurs cinétiques : essaims de micro-drones FPV prépositionnés dans des utilitaires de location à proximité de la BA 113 Saint-Dizier (Rafale), de la BA 125 Istres (ravitailleurs MRTT) et de la BA 702 Avord (AWACS), visant aéronefs en statique, dépôts et radars périmétriques ; côté maritime, recours à des USV « artisanaux » (drones de surface) contre Toulon (bâtiments à quai), tirant les leçons des attaques navales ukrainiennes à bas coût.

3.2 – Couplages cyber : intrusions ciblant la chaîne logistique (prestataires sûreté/maintenance) pour désactiver temporairement des caméras, ouvrir des portails ou retarder des rondes ; déploiement de rançongiciels et wipers sur collectivités et hôpitaux afin de saturer police et gendarmerie.

3.3 – Sabotages physiques discrets : sectionnements synchronisés de fibres de transit (chambres de tirage en bord de voie) pour dégrader l’observabilité (CCTV, liaisons opérateurs), suivant des modes opératoires déjà observés en Europe.

3.4 – Couche informationnelle/psychologique : déferlement de deepfakes, fausses revendications et menaces via des réseaux d’influence pro-russes déjà documentés par VIGINUM (ex. « Doppelgänger », « Portal/Portal Kombat »), visant élus, rédactions locales, influenceurs et groupes chiffrés ; objectif : confusion, défiance et colère contre l’État.

3.5 – Effet recherché : créer une crise composite (opérationnelle, numérique, cognitive) tout en conservant une déniabilité (acteurs « proxies », façades hacktivistes, faux drapeaux) pour retarder l’attribution et éviter un seuil OTAN évident.

4) Scénarios insolites mais plausibles (low-tech, maritimes, juridiques)

A – Le « filet méditerranéen » (Marseille & câbles sous-marins) : petits USV semi-autonomes viennent endommager des infrastructures portuaires et repérer des zones d’atterrage ; à terre, équipes discrètes sabotent des regards fibre. Marseille concentre un nombre exceptionnel de « landings », offrant une valeur de levier européenne en cas de perturbation.

B – « Ballon-taxi » et planeurs RC : ballons captifs ou planeurs radiocommandés franchissent des périmètres NO-DRONE en exploitant des zones grises, charge utile : granulats métalliques pour aveugler des radars ou dégrader des antennes. Les limites de discrimination capteurs relevées en préparation des JO montrent que la très basse altitude demeure un espace contesté.

C – « Drones-colis » et caches logistiques : pièces détachées disséminées sur des mois (consignes, garde-meubles), puis assemblées en 48 h par petites équipes ; méthode observée à l’étranger pour contourner frontières et contrôles.

D – « Brouillard juridique » : exploitation d’associations ou d’entreprises écrans pour louer entrepôts/véhicules en toute légalité, en jouant sur l’empilement des compétences (préfectures, DGAC/DGSCGC, collectivités). Les zones d’interdiction existent, mais la police du ciel à très basse altitude reste difficile à mettre en œuvre partout, tout le temps.

5) Couplage cyber + drones + influence : la triple lame

Cyber : pénétrations en amont de sous-traitants (CCTV, contrôle d’accès), attaques IT/OT de services urbains (éclairage, eau), rançongiciels « diversions ». L’ANSSI et CERT-FR documentent une pression croissante sur les OIV et opérateurs essentiels ; la transposition NIS2 élargit encore le périmètre de protection.

Drones : les charges restent modestes mais les effets sont multiplicateurs (incendies localisés, dégâts d’antennes et d’ailes, retards). Les capacités françaises progressent (ex. PARADE, EagleSHIELD), mais réclament un panachage capteurs + C2 adapté à chaque site.

Influence : campagnes pro-russes et autres acteurs hostiles visant la cohésion sociale et la confiance (deepfakes, faux médias, menaces fabriquées). VIGINUM a exposé plusieurs réseaux (Doppelgänger, Portal/Portal Kombat, Storm-1516) ciblant la France et l’écosystème des JO.

6) Faux drapeaux et proxies : l’ambiguïté comme arme

L’usage de groupes écrans (hacktivistes, collectifs idéologiques, criminalité organisée) et de faux drapeaux maximise l’incertitude d’attribution. La France a connu des sabotages physiques (fibres, équipements ferroviaires) sans auteurs identifiés publiquement ; doublés de revendications trompe-l’œil, ces actes poussent à l’erreur de riposte (réaction trop dure, ou trop tardive). Le piège est d’alimenter la narration adverse (« répression », « État policier »), fracturant l’opinion et isolant la France en Europe. D’où la nécessité d’un centre unique d’attribution croisant signaux cinétiques, cyber et informationnels.

7) Qui d’autre oserait viser la France ? Capacités, intentions… et pièges

Iran : capacités drones et proxies éprouvées, mais coût-bénéfice discutable face à un État nucléaire de l’OTAN ; risque de rétorsion indirecte. Chine : capacité majeure (y compris maritime) et intérêt pour l’espionnage industriel ; intention d’attaque directe faible (coût diplomatique/économique). Corée du Nord : aptitudes cyber et drones rudimentaires, forte déniabilité, probabilité faible contre la France. Groupes criminels : motivation lucrative, pouvant devenir proxies involontaires si un État les soutient discrètement. Le piège pour Paris est la mauvaise attribution d’une opération composite (ex. Iran « couvert » par un faux drapeau pro-russe) et, par suite, une réponse mal calibrée. D’où l’urgence d’une gouvernance nationale d’attribution incluant renseignement technique et VIGINUM pour la couche informationnelle.

8) Plan d’action « 180 jours » (mesures défendables, ROI élevé)

8.1 – Cibles à durcir en priorité (cartographie & red team) : Toulon (porte-avions/SSN), Brest–Île Longue (SNLE), Saint-Dizier, Istres, Avord ; revues périmétriques (radars, dépôts, parkings, zones « trous noirs » capteurs). Câbles & télécoms : Marseille (atterrages), chambres de tirage identifiées, itinéraires alternatifs et patrouilles discrètes.

8.2 – Anti-drones « plug-and-fight » : panachage capteurs (RF, acoustique, optique) + C2 unifié (interopérabilité PARADE/EagleSHIELD et solutions tactiques louées). Unités mobiles (gendarmerie, préfectures maritimes) et réserves mobilisables sous 6 h sur grands événements.

8.3 – Cyber : bouclier NIS2 accéléré : audit flash des OIV/SE exposés (énergie, eau, santé, transport, ports) et exercices conjoints IT/OT ; publication d’un tableau de bord NIS2 (adhérence, écarts). Chaîne logistique : clauses « anti-intrusion » pour prestataires (vidéo, contrôle d’accès).

8.4 – Influence : doctrine « dévoiler sans amplifier » : cellule nationale d’attribution mixte (renseignement, VIGINUM, ANSSI) ; tableaux publics mensuels des campagnes déjouées ; partenariats médias/plateformes pour dépublication rapide des deepfakes lors d’événements majeurs.

8.5 – Légalité & terrains : mise à jour des zones NO-DRONE et procédures de neutralisation au sol ; réserves communales formées à la détection bas niveau (jumelles thermiques, protocoles 112/17).

9) Ce que cela implique pour les États-Unis… et pour l’OTAN

Les États-Unis ont multiplié les wargames d’attaques de drones sur des bases domestiques ; leurs enseignements convergent avec les besoins français : coordination inter-agences, kits anti-UAS rapidement déployables, préemption par renseignement et contre-ingérence. L’OTAN doit standardiser capteurs, C2, règles d’engagement et chaînes d’attribution. Les opérations navales ukrainiennes (USV) montrent que la mer est la prochaine frontière européenne : ports, mouillages et chantiers navals exigent une vigilance accrue.

10) Annexe — Sites & Risques (France, horizon 12 mois)

Méthode : notation « Score de criticité » de 1 (faible) à 5 (très élevé), combinant attractivité de la cible, vulnérabilité, effets en cascade et complexité d’attribution. Contre-mesures listées par ordre d’impact/rapidité de déploiement.

CatégorieSites exemplairesMenace-typeScore de criticitéContre-mesures prioritaires (180 jours)
Bases aériennesBA 113 Saint-Dizier, BA 125 Istres, BA 702 AvordEssaims FPV, sabotage périmétrique, intrusions prestataires5/5Red team périmétrique mensuelle ; capteurs RF/IR + acoustique ; C2 unifié ; durcissement parkings aéronefs ; clauses sécurité fournisseurs ; drills « drones + rançon + deepfake ».
Bases navales / Ports militairesToulon, Brest–Île Longue, CherbourgUSV explosifs, drones aériens, brouillage GNSS5/5Barrages anti-USV et patrouilles littorales ; radars surface + optronique ; drones « chasseurs » ; couloirs GNSS durcis ; procédures « mise en sécurité à quai ».
Câbles & télécomsAtterrages Marseille/Fos, chambres de tirage inter-urbainesUSV de repérage, sabotages fibres, intrusions data center4/5Rondes discrètes et scellements ; redondances itinéraires ; SIEM partagé opérateurs-ANSSI ; capteurs intrusion passifs ; exercices de reroutage trafic.
ÉnergieCentrales nucléaires, terminaux GNL (Fos, Montoir, Dunkerque)Drones à charge faible/incendiaire, sabotage périphérique4/5Zones « stériles » élargies ; capteurs multi-spectraux ; procédures d’extinction rapide ; audits prestataires (contrôle d’accès) ; exercices multi-agences.
Data centers (clusters)Île-de-France, Marseille, LyonIntrusions IT/OT, incendie ciblé, sabotage clim/énergie4/5Segmentation IT/OT ; redondances énergie/refroidissement ; tests de reprise après sinistre (RPO/RTO) ; sécurité physique (contrôles, tamper) ; SOC mutualisé.

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