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«Il faut que les femmes arrêtent de mourir», dit une victime d’harcèlement par son voisin

«Il faut que les femmes arrêtent de mourir», dit une victime d’harcèlement par son voisin


Une mère de famille de Mascouche harcelée depuis des années par un voisin est traumatisée et craint pour sa vie depuis qu’il est entré par effraction chez elle la semaine dernière armé d’un couteau de boucher. 

« Il faut que les femmes arrêtent de mourir, déclare Marie-Ève Duperé, dans une bouleversante entrevue où elle lance un cri du cœur. J’ai besoin d’aide et il a besoin d’aide. Sa place n’est pas en prison, c’est évident, mais je ne peux plus vivre dans la peur comme ça. »

En octobre dernier, l’homme s’est présenté chez Marie-Ève Duperé en lui disant qu’il voulait la protéger puisque d’autres voisins voulaient la tuer. La mère monoparentale lui demande clairement de la laisser tranquille. 

La maman monoparentale de 39 ans a reçu Le Journal dans son petit appartement situé au rez-de-chaussée d’un immeuble d’Habitation à loyer modique de Mascouche jeudi. Elle y vit depuis plusieurs années avec sa fillette de 9 ans atteinte du trouble d’un spectre de l’autisme. Elle en a fait un petit cocon chaleureux au fil des ans en peinturant et en décorant à son goût, en plus d’accrocher des dizaines de photos de famille sur les murs. Ainsi, le cœur ne peut que lui serrer depuis qu’elle réalise qu’elle devra probablement déménager si elle veut un jour se sentir en sécurité. Depuis deux ans, elle se dit victime de harcèlement de la part de son voisin, qui souffrirait de problèmes de santé mentale. 

«Il fait une obsession sur moi, explique-t-elle. Je n’ai fait que le saluer quelques fois, mais dans sa tête, on vivait une grande histoire d’amour.»

Messages et lettres

L’homme, dont le prénom est Michel, aurait laissé une quarantaine de lettres sur sa porte et une dizaine de messages vocaux. Malgré ses nombreux refus, il aurait continué de l’interpeller le soir dans le stationnement et de se présenter devant sa porte pour la regarder. 

S’il ne s’était jamais montré violent à son égard auparavant, la situation a pris une autre tournure lundi la semaine dernière lorsqu’il s’est présenté dans sa fenêtre, l’air désorganisé. 

Son voisin la harcèle depuis deux ans

Michel a laissé de nombreux messages vocaux dans la boite vocale de Marie-Ève Duperé au cours des derniers mois. Il tenait des propos décousus dans tous les messages, alors qu’il s’imaginait avoir vécu une relation amoureuse avec elle. 

Sans crier gare, l’homme âgé de la quarantaine se serait servi d’un air conditionné qui traînait au sol comme bélier afin de tenter de défoncer la porte-patio. À un certain moment, celle-ci serait sortie de son socle et l’homme aurait pu entrer dans l’appartement.

« Je suis partie à la course avec ma fille et je suis allée me réfugier chez une voisine. Je criais «Il veut me tuer! Il veut me tuer! », raconte-t-elle, les yeux dans l’eau, en tremblant comme une feuille. 

Michel était silencieux, mais vraisemblablement déterminé à retrouver Marie-Ève. D’un pas décidé, il a monté les marches jusqu’à se rendre au dernier étage. Il est ensuite parvenu à monter sur le toit, où des couvreurs s’affairaient à réparer la toiture. Après avoir jeté au sol ses effets personnels, il se serait lancé dans le vide.

« J’ai couru vers lui, je l’ai rattrapé par le bras et l’épaule et je l’ai ramené sur le toit, conte Martin Dufort, un couvreur qui, pris par l’adrénaline, aurait réussi à sauver la vie de Michel. C’est par la suite que j’ai vu qu’il avait un long couteau, je dirais d’environ 16 pouces, sur lui. »

« Merci »

Martin Dufort et Marie- Ève Duperé se sont rencontrés pour la première fois lors de la visite du Journal.

« Je voulais juste vous dire merci », lance la mère, la voix écorchée par les sanglots. 

Malgré ce que Michel lui aurait fait subir depuis deux ans, Marie-Ève ne lui veut pas de mal. Elle est soulagée que quelqu’un lui ait sauvé la vie. 

Le quadragénaire a été amené à l’hôpital après l’incident, où il est actuellement traité en psychiatrie. Lorsque son état de santé le permettra, il fera face à des accusations d’introduction par effraction et de harcèlement.

Une situation évitable, clame la victime

La mère de famille qui craint que son voisin finisse par la tuer se sent abandonnée par le système et aimerait que de l’aide soit disponible, autant pour elle que pour son harceleur.

« Qu’est-ce que vous pensez qu’il voulait faire quand il est entré chez moi armé d’un couteau?, lance Marie-Ève Duperé, qui peine à fermer l’œil et à manger depuis l’événement traumatisant de lundi la semaine dernière. La police était au courant de son état, c’est une situation qui aurait pu être évitée. »

Les mains liées

Elle soutient avoir appelé la police de Mascouche une quinzaine de fois depuis cet été, moment où le comportement de son voisin Michel aurait commencé à être plus inquiétant. Une intervenante du service de police a d’ailleurs été d’une grande aide et lui a offert un soutien constant, mais la loi ne lui permet pas de faire plus. 

Des agents sont également souvent venus pour désamorcer des situations et l’ont même arrêté en il y a quelques semaines. Or, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a jugé qu’il n’avait pas assez de preuve pour aller de l’avant avec le dossier de harcèlement qui lui avait été fourni par les enquêteurs. Résultat, Michel n’aurait subi aucune conséquence, n’aurait pas été pris en charge par quiconque et aurait ainsi alimenté son obsession envers Marie-Ève Duperé.

« Au niveau légal, nous sommes allés au maximum de ce que nous pouvions faire avec cet individu, explique Audrey Bouchard, capitaine aux enquêtes de la police de Mascouche. La santé mentale, c’est devenu un problème social de plus en plus présent dans nos interventions. On met tous les filets de sécurité possible pour pouvoir protéger les victimes, mais un moment donné, ça sort de notre champ d’expertise. »

Détenu ou libéré?

Comme il fera face à la justice lorsque son état de santé le permettra, il est possible que Michel reçoive enfin l’aide dont il semble avoir besoin. Or, il est impossible de savoir à ce stade-ci s’il sera liberté ou détenu en attendant la suite des procédures.

« C’est rendu que ma fille de 9 ans me demande si Michel va venir la tuer pendant la nuit. Quand je tente de la rassurer et de lui dire qu’il est à l’hôpital, elle me répond qu’il connait notre adresse et qu’il va revenir quand il va sortir. »

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