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Romain Valadier-Picard et Kenny Liveze, 20 ans et les dents longues

Romain Valadier-Picard et Kenny Liveze, 20 ans et les dents longues


Romain Valadier-Picard (en blanc) et le Kazakhstanais Bauyrzhan Narbayev, lors du Grand Slam de Budapest 2022, à Budapest, le 8 juillet 2022.

L’un est bien plus imposant que l’autre, mais Kenny Liveze (moins de 100 kilos) et Romain Valadier-Picard (moins de 60 kilos) n’ont rien d’un duo de comiques à la Laurel et Hardy. A 20 ans, ces deux-là – qui se fréquentent depuis huit ans au club de l’AC Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) – représentent l’avenir du judo français. Du 6 au 13 octobre, à Tachkent (Ouzbékistan), ils disputent leurs premiers championnats du monde seniors, après avoir brillé en cadets et en juniors.

Le premier est double champion du monde dans les deux catégories d’âge, fort d’un second titre acquis cet été en Equateur. Le deuxième est vice-champion du monde cadet et double médaillé de bronze junior. A la différence de Kenny Liveze, Romain Valadier-Picard a déjà obtenu des résultats parmi les grands, en se hissant deux fois sur le podium d’un Grand Slam, à Paris, en 2021, et à Budapest, en juillet, une performance qui lui a ouvert les portes des Mondiaux.

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Les deux judokas incarnent la relève d’une équipe de France masculine encore dépendante de la figure tutélaire de Teddy Riner, même si le colosse sera absent à Tachkent à cause d’une blessure à la cheville. A l’inverse, depuis des années, leurs homologues féminines sont nombreuses à briller sur tous les podiums internationaux : sur les quatre dernières éditions des championnats du monde, les femmes ont remporté onze médailles contre seulement trois chez les hommes.

Liveze, transformé depuis un AVC

Aux Jeux de Tokyo en 2021, Clarisse Agbegnenou – unique championne olympique en individuel – et ses coéquipières s’étaient aussi particulièrement distinguées en décrochant cinq médailles au total contre deux médailles de bronze pour Riner et l’inattendu Luka Mkheidze. Par équipes mixtes, les Françaises et les Français avaient réussi l’exploit de faire tomber le Japon à domicile.

Entraîneur de l’équipe masculine, Christophe Gagliano apprécie de pouvoir compter sur ce sang neuf : « C’est une relève intéressante. L’émergence de Romain et de Kenny booste un peu les plus âgés. » En coach d’expérience, l’ancien vice-champion du monde 1997 prévient ses jeunes ouailles : « La vraie vie commence chez les seniors. Il y a tout à faire. »

Auteur d’un judo fougueux et explosif, Kenny Liveze n’a pas l’intention de se reposer sur ses lauriers. Deux mois après son titre mondial chez les jeunes, il le clame : « Je commence à prendre conscience de ce que j’ai fait en juniors, maintenant, j’ai envie de faire la même chose en seniors. » Victime d’un AVC en novembre 2021, heureusement pris en charge à temps, le Guadeloupéen en est sorti transformé. « Je suis passé pas loin de la mort. Je profite de la vie, je la vois autrement, confie-t-il. Le judo, c’est du plaisir. J’avais beaucoup de pression. Maintenant, je pratique mon judo comme je l’aime. »

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L’apparition de Liveze et Valadier-Picard n’a rien de l’opération du Saint-Esprit. Dès 2018, la Fédération française de judo a décidé de leur faire intégrer l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), le saint des saints du sport tricolore. « La fédération voulait rajeunir les troupes, on a été les cobayes, explique Kenny Liveze. Après nous, ils ont fait entrer de plus en plus de jeunes. On a créé un groupe soudé, on a souffert ensemble. »

« La concurrence, un moteur »

Les résultats sont vite arrivés. Des médailles européennes, des titres par équipes chez les juniors et, cet été aux Mondiaux juniors, quatre médailles récoltées par les jeunes hommes, « plus que celles de l’équipe féminine », précise le champion du monde « qui ressent un engouement chez les juniors masculins ».

A l’opposé sur la balance – il concourt dans la plus petite catégorie de poids –, Romain Valadier-Picard partage les ambitions de son camarade, guère impressionné à l’idée de disputer des Mondiaux en guise de premiers championnats internationaux avec les seniors. « Je ne mets pas plus la pression que ça. Je me suis toujours donné les moyens pour réussir, avance-t-il. J’espère que notre génération va réussir à être performante. Il n’y a pas de raisons que ça ne marche pas. »

A Tachkent, Romain Valadier-Picard fera face à la concurrence internationale mais aussi nationale, avec la sélection d’un autre compatriote de moins de 60 kilos, Cédric Revol. « C’est vrai qu’avoir de la concurrence fait progresser. Si tu es qualifié parce qu’il n’y a personne face à toi et que derrière tu es éliminé au premier tour, ça ne sert pas à grand-chose, reconnaît le jeune homme de 28 ans. A l’inverse, si tu es qualifié parce que tu es potentiellement médaillable ça change tout. »

Cette catégorie est d’ailleurs l’exemple même de l’importance d’une émulation pour connaître le succès mondial. En dehors du cas particulier de Teddy Riner, c’est la seule où les Bleus ont glané une médaille de bronze aux derniers JO grâce à Mkheidze, absent sur blessure cette année. « Sur pas mal de catégories, on avait un déficit de qualité et de niveau. A Tokyo, on avait un leader performant par catégorie mais ils n’avaient pas ce moteur de la concurrence qui aurait pu les aider à aller chercher des performances », résume Christophe Gagliano.

Pari du talent précoce

Même si un beau palmarès chez les jeunes n’assure en rien la réussite à l’échelon supérieur, il est pratiquement indispensable. « Il y a des statistiques qui disent que les médaillés olympiques sont majoritairement passés par des podiums en cadets et en juniors », poursuit Gagliano.

Alors, les néophytes Kenny Liveze et Romain Valadier-Picard peuvent-ils rêver à une médaille olympique dans moins de deux ans à Paris ? « Il y a un an ou deux, j’aurais dit : “ça sera juste”. L’olympiade est plus courte, ils ne seront pas dans la cible des médaillés olympiques qui ont une moyenne d’âge autour de 25 ou 26 ans », analyse l’entraîneur. Désormais, Christophe Gagliano assume le pari du talent précoce : « Ils ont tous les deux de la maturité même si Kenny n’a pas de référence à ce niveau et que Romain a peut-être un peu d’avance en vue de Paris. On a préféré griller les étapes et peut-être que ça les aidera à être prêts plus tôt que prévu. »

Les principaux intéressés touchent presque du doigt l’inaccessible. « Paris 2024 ? Je vois que c’est de plus en plus possible », assène Liveze. « Pendant longtemps, ça a été un rêve. Il prend de plus en plus corps et je me dis pourquoi pas », renchérit Valadier-Picard.

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