Les Yamnayas : nos ancêtres meurtriers ?

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D’où vient le patrimoine génétique des Européens modernes ? Depuis les années 2010, les séquençages des génomes d’individus ayant vécu à l'âge du Bronze, entre 2.700 et 900 avant J.-C., se multiplient, s’appuyant sur les progrès dans l’étude des os anciens. Les nouvelles techniques ont permis d'identifier quatre peuples fondateurs de l’Européen moderne, mais aussi de répondre à une question à laquelle l’archéologie seule ne parvenait pas à répondre : grâce à l’analyse d’ADN, nous savons aujourd’hui que l’apparition de nouvelles technologies et coutumes marquant l’entrée dans l’âge du Bronze serait liée aux déplacements des Hommes, et non des idées. Ces dernières années, le poids de l’immigration des Yamnayas, tribu nomade de culture Yamna originaire des steppes eurasiennes occupant le territoire des actuelles Ukraine et Russie, est alors revu à la hausse.

L’héritage des Yamnayas en Europe

La culture des Yamnayas se caractérise par une façon originale d’enterrer les morts : ils peignaient les corps avec un pigment ocre et les enterraient individuellement, en formant un tumulus. Cette pratique est à l’origine de leur nom, tiré du qualificatif russe désignant les "tombes en fosse", et s'est ensuite étendue à l'Ouest de l'Europe.

En 2015, l’analyse d’une soixantaine de génomes renforce la théorie selon laquelle les Yamnayas sont aussi à l'origine de la culture de la céramique cordée, style de poterie caractéristique de l'Europe centrale et orientale du troisième millénaire avant J.-C., reconnaissable par ses gravures obtenues par la pression de cordelettes sur la paroi du récipient avant sa cuisson.

Le lien entre les Yamnayas et la population relative à la culture de la céramique cordée a été établi par la génétique, qui a révélé qu'ils partageaient une grande partie de leurs patrimoines génétiques respectifs. C'est ainsi que l'analyse ADN a permis d'expliquer les apparents transferts culturels entre l'Est et l'Ouest de l'Europe en prouvant la migration des Yamnayas, et d'éclairer l'évolution des Européens. Il y a 5.000 ans, le génome des Européens de l'Ouest était semblable à ceux des chasseurs-cueilleurs, descendants des premiers Homo sapiens arrivés en Europe il y a plus de 45.000 ans, et des agriculteurs du Moyen-Orient, arrivés il y a 7.500 ans, lesquels ont cohabité pendant 2.000 ans. Mais le génome des Européens est profondément transformé par l’arrivée des Yamnayas. En Angleterre, il est remanié à près de 90% !

Les dessous du "grand remplacement" 

Une question persiste : comment sont-ils parvenus à transmettre leur patrimoine génétique avec une telle ampleur ? Pour Kristian Kristiansen, professeur d'archéologie à l'université de Göteborg (Suède), il n’y a pas de doute, la rapidité avec laquelle les Yamnayas se sont étendus est une preuve de leur brutalité, comme il l'explique à New Scientist. Pour d’autres, c’est leur supériorité physique, due à leur grande taille et à leur régime alimentaire riche en protéines qui expliquerait leur succès au combat. 

Mais leur notoriété de grands meurtriers ne fait pas consensus. Certaines études soulignent plutôt le contexte défavorable pour les Hommes présents sur les terres européennes à leur arrivée. A ce moment, en effet, l’Europe traverse une importante crise provoquée par le déploiement de la première épidémie de peste en Europe de l’Ouest. D'autres envisagent aussi que d'éventuels changements climatiques aient pu rendre les terres moins exploitables, favorisant ainsi l’activité d’élevage des Yamnayas au détriment de la culture des terres menée par les Européens d’alors. 

Tous ces éléments constituent ainsi autant de nuances face à la réputation belliqueuse des nomades des steppes eurasiennes, alors qu’aucune trace de massacre n’a été retrouvée. Quel qu'en ait été le moyen, les Yamnayas ont durablement marqué le territoire européen : certains chercheurs les identifient même comme le peuple à l’origine des langues indo-européennes, puisque des populations indiennes et iraniennes portent aussi leurs marqueurs génétiques. Pour le moment, nous pouvons tout de même remercier les Yamnayas, puisque selon une étude publiée en 2015 dans la revue Nature, l’on tiendrait d'eux la capacité à digérer le lait !

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