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Cette militante anti-Brexit s’attend à des menaces de mort et de viol

Gina Miller
Gina Miller

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Cette militante anti-Brexit s’attend à des menaces de mort et de viol

Pour les europhiles, c’est devenue une icône. Pour les partisans du Brexit, elle est la « veuve noire ». Gina Miller raconte à l’AFP comment elle a bravé « l’inacceptable » pour que la sortie de l’UE se fasse dans les règles.

« La semaine prochaine va être terrible », soupire Gina Miller. Cette femme d’affaires britannique de 51 ans est devenue le symbole d’un pays profondément divisé depuis qu’elle a saisi la justice pour forcer le gouvernement à consulter le parlement avant de déclencher la procédure de divorce avec l’Union européenne.

La Cour suprême tranchera mardi. Gina Miller se prépare à un nouveau torrent d’insultes racistes, de menaces de mort et de viol.

« Le Brexit a libéré des forces obscures. L’inacceptable est devenu acceptable »

Depuis qu’elle a entamé son combat historique, cette métisse, née en Guyane britannique, s’est mis à dos une partie du pays qui l’accuse de trahison et lui fait vivre un enfer. « Je m’attendais à ce que ça secoue un peu, mais pas à un tel déferlement de haine », confie-t-elle dans un entretien à l’AFP qui l’a rencontrée vendredi dans un club privé du centre de Londres, devenu son ultime refuge.

« Ma vie a basculé: je ne sors plus, je vis sous protection », explique la mère de trois enfants. « On m’a traitée de primate, d’esclave qui devrait rester dans sa cuisine. Je ne pensais jamais vivre ça un jour dans ce pays. Mais le Brexit a libéré des forces obscures. L’inacceptable est devenu acceptable ».

« Si le gouvernement gagne, cela voudra dire que désormais n’importe quel Premier ministre pourra décider notre avenir seul »

Gina Miller a milité contre le Brexit et ne s’en cache pas. Gestionnaire d’un fonds d’investissements, elle craint les ravages sur l’économie et la City. Mais elle accepte le verdict: « On a perdu le vote, le Brexit se fera ».

Son combat en justice n’est pas destiné à stopper l’inéluctable. Seulement à inscrire le processus dans un cadre légal. Question de principe. « Les gens ne semblent pas comprendre mais cette affaire va bien au-delà du Brexit. Si le gouvernement gagne, cela voudra dire que désormais n’importe quel Premier ministre pourra décider notre avenir seul dans son coin. Ce serait revenir 400 ans en arrière. En fait, les ‘Brexiteers’ devraient me remercier », souligne-t-elle.

Les centaines de lettres de menaces et d’insultes n’ont fait que renforcer sa détermination. Elle a croisé le fer avec le champion du Brexit, Nigel Farage, sur les plateaux de télévision. Affronté l’hostilité « irresponsable » des tabloïds qui ont traqué son ex-époux jusqu’au Malawi. Rassuré ses enfants. Son troisième mari, le riche homme d’affaires Alan Miller, est « inquiet ». Son assistante « terrifiée ».

Est-ce que ça en valait la peine? « Certains prétendent que je voulais me faire mousser. La réalité, c’est que je ne pouvais pas faire autrement. C’est comme ça que j’ai été élevée », tranche-t-elle de son débit rapide.

De la mannequin étudiante à la « veuve noire » de la finance

Éduquée au Royaume-Uni, où elle a fait du mannequinat pour financer ses études de droit, Gina Miller a grandi en Guyane britannique où son père, Doodnaught Singh, était procureur général. « A la maison, on parlait tout le temps de justice sociale. Mes frères et ma soeur sont comme moi. On se bat pour nos valeurs ».

Certains financiers de la City ont eu un aperçu de sa pugnacité lorsqu’elle s’est lancée dans une croisade pour la moralisation du secteur après la crise financière de 2008. C’est à eux qu’elle doit son surnom de « veuve noire ». « Si j’avais été un homme blanc, cela aurait été plus facile », glisse-t-elle.

« Et puis si je n’y étais pas allée, qui l’aurait fait ? Les gens ont peur pour tout ce qui touche au Brexit. Le pays est déchiré. Ça a contaminé toutes les sphères de la société », insiste-t-elle.

Lorsqu’elle se sent abattue, elle regarde le dessin que lui a envoyé un garçon de dix ans. Elle y est représentée en super héroïne nommée « Go Gina! » « Dans la lettre qui accompagne le dessin, le petit garçon écrit que j’ai redonné le sourire à sa maman. J’ai posé le dessin sur mon bureau. Il me donne de la force », dit-elle.

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